Chambre des Députés du Grand-Duché de Luxembourg

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01 July 2019

L’antisémitisme ne recule pas

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Marc Angel, président de la Commission des Affaires étrangères et européennes, Bernard Gottlieb, président de l’ASBL RIAL et François Moyse, représentant de la communauté juive du Luxembourg.


Depuis le début de l’année, 30 incidents d’ordre antisémite ont été relevés au Luxembourg par L’ASBL Recherche et information sur l’antisémitisme au Luxembourg (RIAL), contre 26 cas pour toute l’année 2018, et 12 cas en 2017. Une augmentation inquiétante pour Bernard Gottlieb, président de l’association, et François Moyse, représentant de la communauté juive du Luxembourg.

Les deux hommes étaient à la Chambre des Députés ce lundi 1er juillet pour discuter de l’évolution de l’antisémitisme au Luxembourg avec les députés membres de la Commission des Affaires étrangères et européennes. Le rapport annuel de RIAL a notamment été présenté.

Pas encore d’incidents violents

Bien qu’il ne s’agisse pas d’incidents violents comme on a pu les constater dans des pays voisins comme la France, cette augmentation inquiète. Les attaques se concentrent notamment sur les réseaux sociaux, et surviennent souvent lorsqu’est abordé le conflit israélo-palestinien. D’autres incidents ont eu lieu pendant la campagne des élections législatives, avec des tags antisémites sur une affiche électorale de Corinne Cahen et Xavier Bettel. Enfin, on constate une recrudescence des stéréotypes sur les juifs, qui se traduisent par des expressions antisémites dans des conversations courantes. Globalement, on assisterait à une libération de la parole raciste.

La situation des quelques 1000 à 1200 juifs au Luxembourg resterait cependant acceptable en comparaison avec la situation plus critique dans d’autres pays.

Un outil pour contrer l’antisémitisme avant que la situation ne se dégrade

Pour Bernard Gottlieb et François Moyse, le Luxembourg doit se donner les moyens de cerner le phénomène pour mieux le contrer. À cet effet, ils plaident pour l’adoption par le Luxembourg d’un document de travail  de l’alliance internationale sur la mémoire de l’holocauste (IHRA), dont le Luxembourg assure actuellement la présidence, et qui définit précisément l’antisémitisme en donnant des exemples concrets. Une définition claire et commune entre un maximum de pays permettrait une meilleure mesure du niveau et des formes que prend l’antisémitisme, et donc une lutte plus efficace.

Une résolution à cet effet doit être prochainement débattue par les députés de la Commission des Affaires étrangères et européennes et par la Chambre.

Pas de phénomène d’exode

À la question d’un député de savoir si le Luxembourg connaissait un phénomène important d’émigration vers Israël comme dans d’autres pays où a lieu une montée de l’antisémitisme, la réponse de Bernard Gottlieb était clairement que non. Au contraire, la situation relativement calme au Luxembourg aurait poussé certains juifs à vouloir s’installer dans le pays.

Les députés sont revenus sur le document de travail de l’IHRA, et ont voulu savoir s’il était systématiquement adopté dans son intégralité, définition et exemples, ou si certains pays n’en adoptaient qu’une partie. Pour François Moyse, le document est adopté entièrement, et cela serait essentiel, ce sans quoi il serait difficile de mesurer efficacement l’antisémitisme. Bernard Gottlieb a ajouté que la définition ne se suffisait pas à elle-même, car elle serait trop vague sans exemples pour l’illustrer.

La discussion a également porté sur l’enseignement de la Shoah à l’école. Pour François Moyse, il faut en parler, mais pas uniquement. Il faudrait également plus globalement s’intéresser à ce qu’est le peuple juif, afin de faire reculer les préjugés.

Les députés ont voulu savoir si une comparaison pouvait être faite entre la situation actuelle, avec la recrudescence de l’antisémitisme, et les années 30, qui ont mené à la Shoah. Pour François Moyse, il ne s’agit pas d’une situation comparable. Il faudrait cependant rester vigilant, car la société serait clairement dans une phase de régression en ce qui concerne cette problématique.

Enfin, à la question de savoir s’il fallait fonder un observatoire du racisme au Luxembourg, Bernard Gottlieb a remarqué que cela ne serait pas suffisant. Il plaide pour une initiative comme ce qui a été réalisé par le Gouvernement français avec la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH), qui doit « donner une nouvelle impulsion à l’action publique ». En effet, observer ne suffirait pas. Pour Bernard Gottlieb, il faut agir.

Certains députés ont également insisté sur l’importance qu’ils accordaient au fait que la Chambre des Députés affiche une unité sur ce sujet sensible.


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